Le monde imaginaire de l'immigrant français


Le Canada vous ouvre ses portes ! Youpiiii !! A vous la nouvelle vie ! Vous allez vous adapter sans problème, c'est sûr, puisque le Canada a besoin de vous ! Et puis en tant que français, aller au Québec c'est du gâteau, hein. EASY quoi. Les cousins québécois sont comme nous...blablabla...

Si c'est ce que vous pensez, permettez moi de vous éviter de vous réveiller (trop tard) avec une bonne gueule de bois. 

Alors ami lecteur, voici un petit florilège de ce que les français peuvent penser de leur statut d'immigrant, et qui en fait, est faux, ou franchement inexact...


Bienvenue dans le monde imaginaire et merveilleux du français qui plane !

  le Canada nous adore et n'attend plus que nous ! 

le Canada nous adore et n'attend plus que nous ! 

 

Dans les faits, certains français ont tendance à penser que l'immigration, c'est vivre dans un monde idéal et parfait où tout est facile.

Au vue de ce que j'ai pu entendre, lire, voir autour de moi, et sur internet, voilà ce que le français rêveur à tendance à croire:

''Le Canada nous a sélectionné pour nos compétences professionnelles, et a besoin de nous. D'ailleurs, ils savent que les salariés français sont les plus productifs du monde. Et ça, c'est vendeur.

On va trouver un super job en cinq - cinq en arrivant, parce qu'il y a des pénuries d'embauche dans notre secteur d'activité. 

D'ailleurs, le niveau de nos études est globalement plus élevé que le niveau américain. On a un super CV, avec des écoles et des boîtes hyper réputées et ça, ça épate les recruteurs.

On va être mieux payé qu'en France, et on pourra parler français sans avoir besoin de se décarcasser à apprendre l'anglais.

Nous les français, on sait ce qu'est le savoir vivre: c'est pas compliqué, c'est dans notre ADN. On sait manger, on sait s'habiller, alors on saura s'adapter à un monde qui est moins exigeant que nous là-dessus.

Les canadiens adorent la France, du coup, on peut comparer la France avec eux, et discuter des différences avec leur pays. C'est cool ce genre de débats.

 

Alors autant vous dire qu'il y a comme qui dirait  - des "petits ajustements" - à faire dans ces affirmations. c'est parti !


Pour ce qui est du job en tant qu'immigrant...


Pour y voir plus clair, renversons la situation:

french

Imaginez un recruteur en France...Il étudie la possibilité d'embaucher une personne sur un poste donné. Il a le choix entre 2 candidatures. A compétences, expériences et aptitudes égales, il aime bien les deux candidats et doit trancher.

Il a le choix entre un travailleur français expérimenté et diplômé en France, et un travailleur étranger fraichement débarqué de son pays qui a été diplômé dans une école inconnue au bataillon, et qui a un accent étranger.

Allez, soyez honnête, lequel des deux a le plus de chance de décrocher le poste ? ... NO COMMENT.

 

  • Vous pensez garder votre statut de Cadre en arrivant ?

Oui, c'est possible, notamment:

- si vous avez été recruté en France, pour certains métiers ou professions en pénurie au Canada, 

- ou si vous faites partie des quelques rares cas de salariés détachés qui bénéficient d'avantages matériels et financiers lors de leur expatriation.

Ces deux cas sont des exceptions aujourd'hui. Pour le commun des mortels, il faudra faire vos preuves; quitte à faire le ménage dans la supérette du coin avec votre diplôme d'Ingénieur. Pourquoi ? Parce que sans expérience canadienne, pas de job qualifié. 

 

Globalement, le mythe du français ''Roi'' accueilli à grand frais et avec déballage de tapis rouge c'est faux, mais alors, vraiment. Ça vient de l'image qu'avait le français qui partait au Québec il y a 30 ans et plus, et ça déplaisait fortement aux Québécois d'ailleurs. 

Si un recruteur vous fait traverser l'Atlantique pour bosser chez lui, c'est qu'il n'a pas le choix. Il doit recruter des personnes qu'il ne trouve pas sur place. Dans le cas contraire, il va préférer vous rencontrer de visu pour savoir à qui il a affaire. Logique. 


A NOTER:
Sans première expérience professionnelle au Canada, vous n'avez pas prouvé votre capacité d'intégration et votre connaissance du marché du travail canadien. En gros, personne ne sait ce dont vous êtes réellement capable. Or, l'expérience FAIT le CV au Canada.

 

 

 

  • Trouver le job de vos rêves avec un VISA temporaire... oui mais sans trop de formation interne

Vous avez un VISA d'immigrant temporaire et vous êtes au Canada ? Vous allez avoir des difficultés à trouver un travail qui demande des mois de formation en interne, par exemple. Ben oui, quoi. Mettez-vous à la place de votre employeur: comment lui demander de s'investir sur votre profil si vous lui filez entre les doigts 6 ou 8 mois après ? Il va devoir reprendre tout son processus de recrutement et perdre du temps et de l'argent. De même, n'attendez pas d'être payé au même niveau qu'un résident permanent ou un Canadien.


Les comparaisons avec la France et les canadiens


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Imaginez ...

Vous avez un ami étranger qui passe systématiquement ses journées à comparer sa vie en France avec celle de son pays. Du genre: ''ici, on fait ça. Alors qu'à Tombouctou, on fait comme si ou comme ça''.

Ou alors du genre: ''Tu vois, ici les routes sont moins bien entretenues qu'à Shanghaï '' ou ''là-dessus, c'est vrai qu'à Dallas c'est mieux''... etc...

Franchement, entre nous, ce genre de discours , ça passe, mais à petites doses, non ? A force d'entendre moulte comparaisons et autres critiques, n'auriez-vous pas le sentiment que cette personne est mal à l'aise dans votre pays ? Ou est-ce une personne qui a la grosse tête et qui n'aime parler que d'elle-même ? Comment imaginer alors que les gens le prenne bien ? 

Eh bien vous voyez, c'est partout la même logique en fait. En gros, si vous pensez capter l'attention en parlant de la France dès que l'occasion se présente, vous avez tout faux et vous passerez pour un gros lourd.


Après le gros lourd, le "must" du boulet de base:

On vient d'un pays connu sur la scène internationale, certes, MAIS petit, tout petit géographiquement, comparé à l'immensité des espaces canadiens. Ici, tout le monde se fiche littéralement de savoir que Bordeaux, c'est plus au sud que Tour, et qu'à Lille il pleut plus qu'à Marseille.

Eh bien oui, à quoi ça leur servirait ? Seriez-vous capable de leur parler de Chicoutimi ou de Sherbrooke sans avoir regardé de carte?

De même, étaler toute une ribambelle de noms de personnages publics inconnus au Canada, ça ne sert à rien ! Vous souciez-vous de ce qu'a fait René Lévesque ou du nom de la femme de Martin Matte ?

Votre vie en France, les gens s'en fichent, parce que justement, vous n'êtes pas en France.

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A propos des débats à la française, et des questions existentielles


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Les français sont dans la critique et la réflexion là où les américains sont dans le positivisme et l'action.

Alors si vous pensez faire des émules en engageant une discussion étayée sur des sujets du genre:

  • le sens profond de vie, 

  • un débat politique sur ce qui aurait dû être appliqué,

  • vos souffrances infantiles,

Vous pouvez vous fourrer le doigt dans l'oeil jusqu'à l'omoplate. Tout l'monde s'en fiche LITTERALEMENT. Comme de l'an 40, quoi. Mais alors, vraiment. Au pire, vous passerez pour le français râleur persuadé que le monde entier a besoin de son opinion. Au mieux, vous serez le "chialeur" en titre.

 

Ce qui compte, c'est ce qui se passe ici, et maintenant. Parler c'est bien, faire, c'est mieux.


Bienvenue en amérique du nord !


Vous n'êtes pas en France, ni même en Europe. Vous intégrez un pays qui a des similitudes avec votre culture, mais qui est avant tout américain. C'est un pays avec un climat différent, et des mentalités différentes.. Ça sous-entend quoi ? Eh bien concrètement, que:

Vos diplômes ne sont peut-être pas aussi reconnus qu'en France, et leur équivalence peut ne pas exister. Sans équivalence, pas de repère pour votre recruteur... D'ailleurs, si vous pensez que les diplômes français sont les meilleurs au monde, jetez un oeil sur le classement mondial des meilleurs universités et écoles supérieures... vous comprendrez où se trouvent vos concurrents.

 

amerique du nord

À ''Rome, on fait comme les romains''. N'attendez donc pas de vous habiller à la parisienne en plein hiver au Québec. Plus généralement, faites-vous à l'idée que votre nourriture, vos horaires, vos rapports humains... bref, tout votre mode de vie va changer. Charge à vous de vous intégrer, et d'accepter de changer de vie !

Ici, c'est VOUS qui avez un accent étranger, et c'est vous qui êtes un immigré. Vous n'avez pas tous les droits d'un citoyen, donc vous ne pouvez pas vous placer en terrain conquis. Vous pouvez rencontrer des gens qui vous accueillent, comme des gens qui vous rejettent.. eh oui, le racisme et les mouvements protectionnistes existent partout. 

Le pays qui vous accueille a pu se développer pendant des années SANS vous, et peut continuer de le faire SANS vous. N'oubliez pas qu'en terme d'immigration francophone, il y a du monde au portillon, et vous n'êtes pas seul. (loin de là, d'ailleurs, mais alors, vraiment.)

Les canadiens, qui sont des gens très accueillants, attendent néanmoins, (à juste titre d'ailleurs), que vous vous intégriez, comme vous attendez des étrangers qu'ils s'intègrent en France. 

Le Canada a deux langues officielles. Si vous ne parlez pas anglais, vous aurez des difficultés à trouver du travail dans certains secteurs, ou dans certaines villes comme Montréal où l'anglais est de mise en milieu professionnel. Renseignez- vous sur les exigences linguistiques requises dans votre secteur en étudiant par exemple les annonces locales de recherche d'emploi. 

En bref, n'attendez pas des canadiens des choses que vous seriez incapable d'appliquer vous-même en France avec un  étranger ! 

C'est logique, non ?


Ouverture, tolérance, humilité... et "préparation solide"


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 Attendez-vous à être surpris d'apprendre de nouvelles choses tous les jours. L'immigration, c'est avant tout une affaire d'humilité et d'ouverture vers les autres. C'est justement ça qui est hyper enrichissant !!

Attendez-vous à vivre de manière très différente. De ce fait, ne soyez pas nostalgique de ce qui va vous manquer, mais soyez plutôt curieux et ouvert à tout ce qui va vous enrichir personnellement.

Toute expérience, bonne ou mauvaise, est intéressante. Le tout est de vous y préparer au maximum pour éviter de vous sentir trop décalé.

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise immigration. C'est une question d'adaptation et d'intégration réussies, ou pas. C'est pour cela que chaque expérience est propre à chacun, et que les situations seront confortables pour certains, et invivables pour d'autres.

Une expatriation ne sera pas vécue de la même manière si elle est voulue ou si elle est subie. Prenez le temps d'en parler si vous êtes en famille. Installez-vous dans un pays qui vous correspond et qui vous parle. Donnez-vous le temps de vous adapter et de vous intégrer ! 

Acceptez d'être vous-même l'étranger... 


Pour toutes ces raisons, vous aurez à remettre certains compteurs à zéro.


compteur

Vos premiers jobs peuvent être sous-payés et sous-qualifiés par rapport à votre situation en France. Vous pourriez devoir faire vos preuves pour construire votre CV.

Intégrez le fait que la journée ne soit pas nécessairement rythmée par les 3 repas journaliers, et que vos horaires de travail seront plus matinales, par exemple. Anticipez votre vie dans un environnement différent. 

Attendez-vous à revoir vos habitudes en matière de relations humaines, de démarches administratives, de modalités de management, etc... Les critères de sélection des agents de l'immigration ne sont pas les mêmes que ceux des recruteurs !

Attendez-vous à mettre du temps à vous créer un nouveau cercle d'amis, voire à ressentir de la solitude dans les premiers mois (ou les premières années !), notamment si vous partez seul.

Plus vous préparez votre immigration, moins vous aurez de mauvaises surprises. 

 

Renseignez-vous un MAXIMUM avant de partir. Assurez-vous que vous pourrez vivre loin de vos proches, et que votre budget prévisionnel n'est pas trop serré (difficile de vivre dans un environnement étranger avec des problèmes financiers en plus). Vérifiez toutes les conditions d'attribution de votre VISA. Faites-vous un plan avec plusieurs portes de sorties au cas où. Rendez-vous sur place avant de prendre votre décision si c'est possible.


S'informer, s'informer, lire, lire et relire...


Explorez toutes les sources d'infos disponibles, recoupez les. Le mieux est de se documenter sur les sites officiels de l'immigration canadienne qui sont fiables. C'est fastidieux, car les informations sont denses et multiples, mais ça vaut le coup ! Prenez les infos provenant des autres sites avec des pincettes. Il faut parfois faire le tri. J'ai vu beaucoup d'infos erronées ou obsolètes sur les forums et d'autres sites dédiés à l'immigration canadienne.

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