Episode 2: Statue de la liberté: Le chantier du piédestal aux Etats Unis


Alors que la construction de la statue de la Liberté se termine en France, son piédestal est encore en chantier aux Etats Unis. Aussi haut que la statue elle-même, le piédestal de 46 mètres de haut devra être conçu pour sublimer le cadeau français. Découvrez les étapes d'un chantier sans précédent, et comment les USA ont construit la plus grande structure en béton du 19ème siècle.


Le piédestal: La plus grande structure en béton du 19ème siècle

  • Du béton utilisé en quantité: une solution novatrice et ingénieuse pour un chantier sans précédent

Le piédestal de la statue de la Liberté, c'est :

  • La plus grande structure en béton du XIXe siècle construite aux États-Unis.

  • 27 000 tonnes de béton, 10 170 mètres cubes au total de pierre et de béton.

  • Hauteur: 46,94 mètres (la statue elle, mesure 46,05 mètres).

  • Sous le sol: 16,15 mètres de profondeur, 8,45 mètres carrés de surface au fond, 6,05 mètres carrés au niveau de la mer.

  • Le piédestal au-dessus du sol est construit de murs en béton de 2,44 à 5,8 mètres d'épaisseur formant une fondation pyramidale tronquée, partant d'une surface de fond de 8,45 mètres carrés et allant jusqu'à 13,10 mètres au pied de la statue et comportant une ouverture centrale de 2,50 mètres carrés .

Tout ça, calculé en pieds et convertis en mètres, bien entendu... la statue elle, ayant été construite sous le système métrique.


Un financement long et fastidieux

Détail de l'article du New York World - 1885. 120 000 donateurs se sont mobilisés, et la somme de 102 006,39 dollars a été récoltée

Détail de l'article du New York World - 1885. 120 000 donateurs se sont mobilisés, et la somme de 102 006,39 dollars a été récoltée

e fameux article publié dans le New York World en 1885, célébrant la réussite triomphale de la campagne de financement

Comment les travaux ont bien failli être abandonnés

Les Etats Unis ont financé et construit le socle sur lequel allait reposer la statue de la Liberté. Il y a eu plus de difficultés à faire financer le projet de ce côté de l'Atlantique puisque les américains n'en voyaient pas réellement l'intérêt.

Le socle, en réalité, coûtait aussi cher que la statue elle-même. Le "devis"de départ proposé par Bartholdi en 1871 était de 125 000 dollars; une somme astronomique pour l'époque. Le chantier de construction américain avait donc failli être abandonné, en 1884, faute de financement, laissant ainsi la statue de la Liberté sans socle...

 

 

 

 

 

 

 

C'est Joseph Pulitzer, un célèbre homme de presse new yorkais, qui réussit à mobiliser ses compatriotes dans ce projet colossal en éditant un article dans lequel il expliquait pourquoi la statue de la Liberté était essentielle à l'Amérique. Les américains se sont mobilisés en masse, et on réussi à réunir la somme de 102 000 dollars à l'aide de dons dont le montant moyen était inférieur à 1 dollar...

 

La totalité des fonds, côté américain, n'a été obtenue qu'en 1885, quand la construction de la statue était déjà terminée en France.

 

 


1877 emplacement du SOCLE: sélection officielle du site de l'ile de bedloe

  • Le choix du site par Bartholdi sera le bon

1871: Lors de son premier voyage à New York, Bartholdi avait déjà choisi officieusement le site de l'Ile de Bedloe (actuelle Liberty Island) pour installer sa statue. Il s'agit d'une petite ile, situé à 2 km de Manhattan, sur laquelle se tenait le "Fort Wood", un fort militaire désaffecté depuis la fin de  la guerre de Sécession.

A gauche: Repérage du site par Bartholdi - 1871 - Source: nps.gov

A droite: Rare photographie du fort Wood sur l'Ile de Bedloe - réalisée par Bertholdi lui-même - 1871?  - source: nps.gov

A gauche: Fort Bedloe avant la guerre de Sécession (1861-65) - gravure de 1842 - Source: www.newyorktour1.com - A droite: localisation google map de l'actuelle Liberty Island, anciennement "Bedloe's Island".


Ulysses S. Grant - photo re-colorisée - vers 1865 - était Président des Etats Unis en 1877. (Photo prise alors qu'il était encore sous les ordres de Lincoln en tant que Commandant des Forces de l'Union)  (Source: http://allthatsinteresting.com/civil-war-in-color/3)

Ulysses S. Grant - photo re-colorisée - vers 1865 - était Président des Etats Unis en 1877. (Photo prise alors qu'il était encore sous les ordres de Lincoln en tant que Commandant des Forces de l'Union)

(Source: http://allthatsinteresting.com/civil-war-in-color/3)

 

  • Le Président des Etats Unis déclasse le Fort Bedloe

 

1875: Edouard de Laboulaye, initiateur du projet en France, et ami de Bartholdi, demanda officiellement au Président Américain Ulysses S. Grant la permission d'utiliser le site de Bedloe pour l'implantation de la statue.

Grant signa l'autorisation en 1877 en déclassant le site qui était militaire. (Grant est décédé cette année là).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


  • La même année, le site a été validé officiellement par les membres du congrès en 1877,

quand le projet est devenu réalisable à leurs yeux.

En effet, l'exposition de la torche de la statue à Philadelphie en 1876 participa au succès de l'entreprise menée par Bartholdi en remportant l'approbation du public. Près de 20% de la population des USA avaient fait le déplacement pour aller la voir, et de ce fait, le Congrès avait été amené à prendre en considération l'intérêt grandissant qu'avait le peuple américain à son sujet.

The Bartholdi Statue--Bedloe's Island, New York Harbor--Presented to the United States by citizens of France - 1886 (La statue de Bartholdi -- Ile de Bedloe, Baie de New York -- présentée aux Etats Unis par les citoyens de France - 1886) Source: bibliothèque du Congrès - USA. Vous pouvez le consulter en ligne et le  télécharger

The Bartholdi Statue--Bedloe's Island, New York Harbor--Presented to the United States by citizens of France - 1886 (La statue de Bartholdi -- Ile de Bedloe, Baie de New York -- présentée aux Etats Unis par les citoyens de France - 1886) Source: bibliothèque du Congrès - USA. Vous pouvez le consulter en ligne et le télécharger


  • Désignation officielle du site: dernières vérifications d'usage

L'homme désigné par le congrès américain pour valider officiellement le choix du site de l'ile de Bedloe s'appelle William Tecumseh Sherman. Général et vétéran de la guerre de Sécession, un personnage hautement respecté. Il rendit sa décision et donna son accord en concertation avec le sculpteur de la statue, Frederic Auguste Bartholdi. Bartholdi avait lui même consulté préalablement son partenaire Gustave Eiffel, pour discuter des problématiques structurelles liées à la localisation de l'Ile et s'assurer de la faisabilité technique du projet.

C'est lui:

William Tecumseh Sherman - 1865 - Source colorized past

William Tecumseh Sherman - 1865 - Source colorized past

 

William Tecumseh Sherman (1820 - 1891)

Surnommé "oncle Billy"par ses troupes, et "Cump".

William Tecumseh Sherman était un soldat américain, homme d'affaires, éducateur et auteur. Il a servi comme Général dans l'armée de l'Union pendant la guerre civile américaine (1861-65). Renommé pour son expertise dans les stratégies militaires, il avait été très critiqué pour la dureté de sa politique de "terre brûlée" appliquée aux États confédérés.

Lorsque Grant prit la présidence américaine en 1869, Sherman lui succéda en tant que Général commandant des armées, qu'il servit de 1869 à 1883. À ce titre, il fut responsable de l'engagement de l'armée américaine dans les guerres indiennes au cours des 15 années qui suivirent. Sherman préconisait une guerre totale contre les Indiens hostiles pour les forcer à revenir sur leurs réserves. Il refusa fermement d'être entraîné dans la politique et publia en 1875 ses Mémoires, l'un des récits les plus connus de la guerre civile. L'historien militaire britannique B. H. Liddell Hart a déclaré que Sherman était "le premier général moderne". 

(source wikipedia - photo de 1865 colorisée)

 

 


1877-1883 la construction du SOCLE: une organisation militaire dirigée par william evarts

Le procureur général William Evarts fut nommé pour diriger l'ensemble du projet de conception et de construction du piédestal. Mais la levée de fond fut insuffisante et il du mettre la presse à contribution pour se faire aider (comme indiqué précédemment).

source wikipedia US - photo entre 1865 et 1880 - colorisée - source: reddit.com

source wikipedia US - photo entre 1865 et 1880 - colorisée - source: reddit.com

 

C'est lui:

 

William Evarts (1818 - 1901)

 Avocat et homme d'État New Yorkais, qui a été Secrétaire d'État, Procureur Général des États-Unis puis Sénateur de l'Etat de New York.

Reconnu pour ses talents d'avocat, il fut impliqué dans trois des plus importants dossiers de jurisprudence de son pays: la destitution d'un président, l'arbitrage de Genève et les contestations devant la commission électorale pour l'élection présidentielle de 1876 .

Un éloge résume ainsi sa carrière: "Le titre de gloire de M. Evarts, peut-être le seul, est qu'il était un grand et brillant avocat ."

Son étude des principes juridiques était pointue, sa connaissance de la littérature était vaste. Ses idées sur l'éthique professionnelle étaient exaltées. Il était à la tête de grands cabinets nationaux. Il était plus un avocat qu'un homme d'État.

 

 

 

 


Pour construire un piédestal monumental sur une petite île, il faut une équipe de choc !!

Et oui, les Etats Unis se doivent de construire un piédestal à la hauteur du cadeau grandiose que la France s'apprête à leur offrir... L'honneur et l'avenir du pays est engagé ! De plus, l'Ile de Bedloe n'est accessible que par bateau. Elle est minuscule (6 hectares) et ne dispose que peu de ressources sur place... ce qui engendre de sérieuses contraintes techniques. 

Voici la dream-team de W. Evarts... pour la construction d'un socle, enfin non... d'un piédestal de 46 mètres de haut...


  • Morris Hunt, l'architecte qui a conçu le piédestal de la statue

Pour un piédestal grandiose, il faut un architecte hors pair...et dévoué à sa cause. Le nom de Morris Hunt s'est alors imposé de manière évidente. Déjà très célèbre, il était membre de l'association franco-américaine, l'Union League Club, qui avait lancé l'idée de la statue. Il avait déjà rencontré Bartholdi, le sculpteur de la statue, et partageait avec lui la même passion pour les gigantesques monuments antiques Orientaux. Il fut le premier architecte américain à fréquenter l'école des Beaux Arts de Paris et à en être diplômé. Il fut membre du jury de l'Exposition Universelle de Paris.

source : wikipedia

source : wikipedia

 

C'est lui:

Richard Morris Hunt (1827 - 1895)

Architecte qui établi aux États-Unis le style et les traditions du style français des beaux-arts (Second Empire). Il a contribué à l'élaboration des normes de l'architecture professionnelle et de la construction aux États-Unis. 

Il s'investi avec conviction dans la fondation de "l'American Institute of Architects", dont il en devint le Président de 1888 à 1891.

Son travail éclectique, dans le style fleuri du début de la Renaissance en France (travaillant sur le pittoresque des villa), et dans le style classique monumental de la bibliothèque Lenox, a été couronné de succès.

Il dessina notamment la façade du Metropolitan Museum of Art de New York


  • Sous les ordres de Morris Hunt:

L'ingénieur en Chef des Opérations désigné par le Comité Américain était le Général Charles P. Stone, bras droit de Richard Morris Hunt. Une pointure dans son domaine. Diplômé et Assistant-Professeur à West Point, la fameuse école militaire, et Ingénieur émérite en charge de grands projets de construction aux USA. L'idée novatrice de remplacer une partie des fondations par du béton pour gagner du temps et de l'argent, c'est lui.


photo: Charles P. Stone et sa fille - photo colorisée - 1863 - source: colorized past

photo: Charles P. Stone et sa fille - photo colorisée - 1863 - source: colorized past

 

 

c'est lui:

Brigadier General Charles Pomeroy Stone (1824 - 1887)

Officier de l'armée des États-Unis, ingénieur et géomètre qui servit en tant que Général dans l'Armée de l'Union lors de la Guerre de Sécession. Il fut membre du congrès.

Après la guerre, Stone devint ingénieur pour la Dover Mining Company. En 1870, il servit pendant 13 ans en tant que Chef d'État-major et Général de Camp dans la "Khédive Ismail", l'armée égyptienne; période durant laquelle il aura reçut le grade de lieutenant-Général et le titre de Ferik Pacha (Haut grade militaire en Orient).

Stone est ensuite rentré aux États-Unis, où il a travaillé en tant qu'Ingénieur en Chef dans la construction du socle et des fondations de la Statue de la Liberté. Il tomba malade après la cérémonie d'inauguration de la statue et mourut à New York le 24 janvier 1887. Il repose au cimetière de l'Académie de West Point.

 

 

 

 


  • Sous les ordres de Richard P. Stone:

Le Maître d'oeuvre David H. King, chargé de la supervision des travaux, du recrutement, et de la logistique.

Désigné par le Comité en charge du projet, il eut non seulement à superviser les travaux de maçonnerie, mais aussi le chantier du montage des pièces de granit du piédestal. Monsieur "mains dans le ciment et dans la boue" (si on peut dire), c'est lui.

(Source: The Jekyll Island Cottage Colony - University of Georgia Press, 1998)

(Source: The Jekyll Island Cottage Colony - University of Georgia Press, 1998)

 

 

David H. King Jr (1824 - 1916)

Entrepreneur et Maître d'oeuvre.

Quand on lui délivra le contrat de la statue de la Liberté, ses détracteurs tentèrent de remettre en cause ses compétences en déclarant qu'il n'avait aucune expérience dans la construction d'une statue aussi grande. 

Sa réponse fut brève: "Personne ne l'a fait."

Il est aussi connu pour avoir construit le Madison Square Garden de New York.

 

 


1881: creation du modele du piédestal par r. morris hunt

  • La vision de départ proposée par Bartholdi, le créateur de la statue

source de la photo: musée de la statue - NYC

source de la photo: musée de la statue - NYC

 

Bartholdi avait à transmis un croquis de sa vision de la statue sur son piédestal à Morris Hunt, l'architecte américain.

Il pensait alors à une statue au sommet d'une pyramide, sans doute en référence aux colosses égyptiens qu'il avait étudiés et au phare sur lequel il avait travaillé pour le Canal de Suez, mais qui n'avait finalement jamais vu le jour.

Cette conception du phare de la Liberté, était en fait trop chère. Le projet a donc été repensé.


  • Trouver le bon modèle: Les essais de Morris Hunt

Les maquettes de Morris Hunt - Musée de la statue NYC

Les maquettes de Morris Hunt - Musée de la statue NYC

En premier choix, Morris Hunt s'est tourné vers un socle de style antique, calqué sur l'ancien phare d'Alexandrie. Ce premier choix n'a pas été concluant, puisqu'il s'est avéré impossible d'y placer la statue. (Cf. la maquette la plus à gauche sur la photo ci-dessus). Il a fait plusieurs essais avant de comprendre son erreur: 

"A s'inspirer du phare d'Alexandrie, il ne concevait que des œuvres autonomes, or on lui demandait une œuvre qui devait magnifier la statue, pas se magnifier soi-même. Hunt reprit donc un des plans qui lui convenait le mieux et il en réduit les proportions. Devenu plus modeste, son socle mettait en valeur la statue : Ce fut donc lui qui fût adopté."(source du texte": merveilles-du-monde.com)

Croquis: Essais de Morris Hunt - vers 1881 - Source: nps.gov

  • Au final, deux modèles ont retenu l'attention:

Le modèle retenu est celui qui correspond au croquis situé le plus à droite de la photo ci-dessus. Celui de gauche a été éliminé car il était trop cher.


piedestal statue schema (1).jpg

 

 

  • Plan du socle - exploitation du site de "Fort Wood" sur Bedloe's Island

Le plan du socle est assez simple. Au niveau du sol se trouve l'ancien "Fort Wood", un fort de défense sur l'île de Bedloe, datant du XIXe siècle. La maçonnerie de ce fort a été utilisée en guise de soubassement du socle, un peu comme des pré-fondations. La base étoilée est en fait un vestige du Fort Wood, ré-affecté au projet de la statue de la Liberté.

En fait, le piédestal sera construit au centre du fort, dans ses murs.

La structure en fer forgé de la statue viendra "s'emboiter" dans le socle.

"Morris Hunt proposa un plan grandiloquent qui sera exécuté en tout point. La construction eut lieu entre le 9 octobre 1983 et le 22 août 1886, bien que la première pierre symbolique ait été posée officiellement en août 1884." (source: merveilles-du-monde.com")


1883 - 1886: les matériaux - la carriere de granit "beattie”

"La partie technique ne se limite pas à des calculs savants sur les forces et les contraintes, il y a un facteur essentiel à prendre en considération: Les matériaux à utiliser. Si ça parait un peu étonnant, le choix de la pierre à utiliser pour construire le socle de la statue de la Liberté était primordial : Des pierres trop tendres et la statue risquait de ne pas rester trop longtemps sur place !

Morris Hunt rechercha alors des pierres de carrière ayant la capacité à résister aux conditions extrêmes de l'emplacement choisi pour la statue : Air marin fortement iodé, embruns récurrents, fortes contraintes mécaniques, mais aléatoires (dû aux tempêtes).

Le choix se porta sur la carrière Beattie, une carrière de granit du Connecticut en plein essor, très connue à l'époque, qui avait livrés blocs de granit ayant permis la construction des piliers du pont de Brooklyn. Les autres matériaux sont moins nobles : De très grandes quantités de béton, et des renforts métalliques en fer."(source: merveilles-du-monde.com")


  • La carrière de granit "Beattie" dans le Connecticut, à 200 km de l'Ile Bedloe.

1869: John Beattie, un immigrant écossais et fils d'un tailleur de pierre, acheta 400 acres de terres sur l'île de Leetes qui comprenait une partie de l'énorme veine de granit qui coulait dans la section de Branford, à Stony Creek. Ce lieu devint la carrière "Beattie".

Ouvriers de la carrière Beattie - Connecticut - vers 1890 - source:  histoire du Connecticut - site officiel de la ville de Brandford

Ouvriers de la carrière Beattie - Connecticut - vers 1890 - source: histoire du Connecticut - site officiel de la ville de Brandford


  • Les ouvriers de la carrières ont acquis une certaine notoriété...

Pour avoir réussi à extraire en 1884 un bloc de 6 tonnes de granit, d'un seul tenant, qui allait devenir la pierre angulaire du piédestal de la statue de la liberté.

Les blocs de granit de "Beattie" - Connecticut - vers 1890 source:  histoire du Connecticut - site officiel de la ville de Brandford

Les blocs de granit de "Beattie" - Connecticut - vers 1890 source: histoire du Connecticut - site officiel de la ville de Brandford

"Beattie" fût contrainte cependant de cesser temporairement ses envois de granit à New York, faute de paiement. (Situation résolue rapidement à la suite des dons obtenus par l'action de Pulitzer, le journaliste).


  • Note: Pour ceux qui le pense encore, eh bien NON. Le granit ne provient pas de France. Démonstration ici.

    • 1. Cela ne faisait pas partie des accords de financement et de construction bilatéraux

    • 2. Le transport du granit par bateau était hors de prix et risqué... Or, arriver à boucler le budget tenait déjà du miracle, si on peut dire.

    • 3. La quantité de granit utilisée était telle que le poids total du socle est difficilement mesurable. Il y en aurait eu assez en tout cas pour couler une flotte entière de navires, tellement le piédestal est lourd !

    • 4. Wikipedia (encyclopédie collaborative), c est bien, mais vérifier les infos, c’est mieux...

    • 5. Vous allez voir plus loin pourquoi cette théorie est incompatible avec la construction du socle...


Les ciments Rosendale - NYC - utilisés pour la construction du socle - source:  ici

Les ciments Rosendale - NYC - utilisés pour la construction du socle - source: ici

  • La plus grande quantité de béton jamais utilisée à l'époque

27 000 tonnes de bétons, c'était totalement inédit. 

Le journal "The City Record: Official Journal, Volume 14,Partie 3De New York (N.Y.)" qui correspond aux annonces légales, mentionne, au sujet de l'inspection du ciment au service de  la Fondation de la Statue de la Liberté  : (traduction)

"la règle est d'inspecter un baril sur dix. A la suite de cette inspection depuis le début de l'élaboration à la date du rapport du 14 juin 1886, il y avait eu, sur les troisième et cinquième divisions du travail, 28 598 barils de ciment dont 1.632 barils (soit 5.710 %) éliminés du chantier de construction des fondations et du piédestal pour La liberté, sur l'île de Bedloe. Cela a engendré la dépense de 34.400 barils de ciment au total. L'ingénieur en chef signale qu'en plus d'un soin de préservation chaque paquet contre des traces d'humidité, ces échantillons ont non seulement été testés pour leur résistance mais aussi pour leur finesse qui devait être parfaite. 10% ont ainsi été rejetés par un tamis de 2 500 mailles au pouce, le rejet habituel était inférieur à 5%."

Ce qui fait, au total, le volume de: 34 400 barils = 5 469,16 m3 .... de béton.


1883 - 1886: le chantier de charles p. stone - des travaux colossaux en un temps record

premiere pierre piedestal statue.jpg

"La construction eut lieu entre le 9 octobre 1983 et le 22 août 1886. Le 9 octobre 1883 a marqué le début du creusement des fondations. Celles-ci étaient terminées début août 1884 car la première pierre, symbolique, a été posée officiellement le 5 août 1884, soit 10 mois après le début des travaux.

Ça s'est passé un jour de pluie, en présence de nombreux officiels. Cette pierre a été scellée en laissant un espace, une sorte de coffre dans lequel on a mis différents objets appartenant aux membres réunis à ce moment, mais aussi une copie de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis. 

Il s'agissait d'une cérémonie franc-maçonnique, ce qui fit l'objet de critiques.

De nos jours encore se trouvent sous le socle de la statue un portrait de Bartholdi, des timbres, etc.

pierre inaugurale du socle.jpg

  • Mauvaise surprise de taille pour l'ingénieur en Chef, Charles P. Stone

"Lorsqu'il commença à creuser les fondations, il tomba sur de lourdes masses de maçonnerie en pierre et en béton qui étaient masquées sous la surface de l'île, et qui servaient de citernes ou d'abri contre les bombes. Ces abris étaient des petites salles souterraines voûtées, très massives. De plus, ces salles n'apparaissait pas sur les plans. Il a dû improviser une solution sur le tas, pour éviter tout retard de chantier.

Les fondations furent coulées dans une grande fosse de plus de 16 mètres de profondeur (53 pieds) en forme de pyramide tronquée dont la base mesurait près de 28m de côté et le sommet, au niveau du sol, 20m. Elles contiennent des poutres métalliques en forme de L qui sont incrustés dans les murs du socle et remontent jusqu'au sommet du piédestal. Ce sont sur ces poutres qu'est venu se greffer plus tard la structure en fer forgé de Gustave Eiffel." (source www.merveilles-du-monde.com)

Fort Wood - Ile de Bedloe - 1883 - Source nps.gov - image colorisée

Fort Wood - Ile de Bedloe - 1883 - Source nps.gov - image colorisée

"Arrivé à 29 pieds de hauteur, soit 9 mètres, les ouvriers scellèrent quatre énormes poutres reliées entre elles, formant comme une ceinture métallique à l'intérieur même du béton. Puis, à 55 pieds (26 mètres), quatre autres poutres furent fixées, mais verticalement cette fois-ci.

Elles furent noyées dans le béton jusqu'au sommet du piédestal, où elles furent reliées entre elles et fixées aux poutres métalliques servant de base à la structure de Gustave Eiffel. " (source www.merveilles-du-monde.com)

La construction du piédestal - 1885 : Source: nps.gov

La construction du piédestal - 1885 : Source: nps.gov

Gravure - Les travaux du piédestal sur l'île de Bedloe - 1885-86 - Source nps.gov

Gravure - Les travaux du piédestal sur l'île de Bedloe - 1885-86 - Source nps.gov

   On peut ainsi dire que le squelette de la statue de la Liberté est directement scellé dans les murs du socle, eux-mêmes joints aux lourdes fondations de l'île elle-même. L'ensemble est donc parfaitement solidaire." (source: merveilles-du-monde.com")

Pendant toute la durée de la construction du socle, et plus encore lorsqu'il commença à s'élever dans les airs, les New-Yorkais vinrent en nombre s'approcher de Bedloe's Island. Ils étaient curieux de voir comment se déroulaient les travaux, un chantier énorme pour l'époque. L'Ile de Bedloe est devenue, de ce fait, une sorte d'attraction. Elle était constamment entourée de bateaux remplis de visiteurs  qui n'accostaient jamais, bien sûr.

L'année 1885 fut celle de la construction du socle de la statue de la Liberté, pour la ville de New-York.  Les gens disaient qu'il y avait plus de béton que de terre sur L'Ile de Bedloe, et que le piédestal était tellement énorme qu'il était plus lourd que l'Ile elle-même.  Le monument était considéré comme étant le plus solide de l'époque.

Vestiges ancien Fort Wood - source: A ge&abandon

Vestiges ancien Fort Wood - source: Age&abandon

Aujourd'hui encore, les vestiges de l'ancien fort sont visibles. La construction prit fin le 22 avril 1886 avec la pose de la dernière pierre granitique du socle, la statue elle-même ayant été livrée 4 mois plus tôt. Le piédestal était considéré comme l'ouvrage le plus solide de son époque.


1885-1886: la collaboration primordiale des 2 ingénieurs: p. Stone et g. Eiffel

Assemblage de la structure d'Eiffel sur le socle de Hunt - 1885 - source: nps.gov

Assemblage de la structure d'Eiffel sur le socle de Hunt - 1885 - source: nps.gov

 

Techniquement le socle s'enfonce dans des fondations à 16 mètres de profondeur et se compose d'une succession variée de styles architecturaux. La partie haute est un balcon.

L'un des intérêts est qu'il contient deux rangées de poutres métalliques qui se greffent sur la structure interne de Gustave Eiffel, permettant à la statue de ne faire qu'un avec son socle. On imagine la précision de la description technique pour pouvoir coordonner les deux structures...

La mise en place de la statue sur le socle était l'un des derniers défis à relever pour les ingénieurs qui travaillaient à des milliers de kilomètres de distance. Les équipes de Gustave Eiffel et de Richard P. Stone ont dû collaborer à 6000 km de distance.

Les plans de l'assemblage de la structure ont, de ce fait, été réalisés en dernier lieu. Cette dernière partie, la plus délicate, a été abordée tardivement, en toute fin de chantier, notamment quand l'équipe française était présente. Les plans de l'assemblage de la structure ont, de ce fait, été réalisés en dernier lieu.

Fait atypique pour l'époque: le socle sur lequel repose la statue de la Liberté est entièrement constitué de béton.


1883-1886: des ouvriers immigrants ont construit le socle

La construction n'aurait jamais pu se terminer dans les temps si une organisation militaire n'avait pas été appliquée sur le site de Fort Wood, certes. Mais comment faire pour avancer aussi vite, sur une île de 6 hectares, située à 2 km de la terre ferme ?

  • Un mini village sur l'Ile

Une série de baraquement fût construite pour loger les ouvriers et éviter au maximum les aller-retour en bateau.

Il y avait quasiment un petit village sur l'Ile, avec tous les services de base pour assurer la survie d'environ 300 personnes en autarcie. Les ouvriers de l'Ile pouvaient ainsi rester plusieurs semaines sur place.

Les travailleurs italiens de l'Ile de Bedloe - fin 19eme - nps.gov

Les travailleurs italiens de l'Ile de Bedloe - fin 19eme - nps.gov

Les travailleurs italiens de l'Ile de Bedloe - fin 19eme - nps.gov

Les travailleurs italiens de l'Ile de Bedloe - fin 19eme - nps.gov

  • Les ouvriers étaient des candidats à l'immigration

Ce travail difficile et plutôt ingrat, a été le billet d'entrée pour les Etats Unis des ouvriers immigrants de l'Ile de Bedloe. Ces ouvriers, essentiellement d'origine italienne, ont travaillé parfois au péril de leur vie. Les accidents étaient fréquents sur le chantier. Le montage de la statue sur son socle, en particuliers, a nécessité des manipulations difficiles et dangereuses. Dans l'espoir d'une vie meilleure, des hommes sont décédés en érigeant le symbole de la Liberté . Mais ça, on en parlera plus tard, car c'est l'étape finale du chantier !

Avant, retournons en France ... car pendant ce temps là, les français s'affairent à préparer le départ de la statue de la Liberté...


Retour en France, où se prépare le départ de la statue de la Liberté de Paris vers New York...

Episode 3: Le transport de la statue de la Liberté à New York


histoire d'un chantier extraordinaire 

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